Macron et la grande Catherine.

jeudi 28 décembre 2017
Par jefdelhaye

Quoi de commun entre Catherine II qui régna sur la Russie entre 1762 et 1796 et notre président de la république, Emmanuel Macron ?

Quelque chose qui fut peut-être anecdotique chez la grande Catherine mais qui est systématique dans la nouvelle politique initiée par notre président : l'usage du trompe-l’œil.

On sait que lors de la visite de l'impératrice en Crimée, en 1787, son amant le prince Grigori Potemkine fit masquer la pauvreté des villages traversés au cours du voyage afin d'éviter à la souveraine un spectacle trop douloureux.

L'expression « village Potemkine » désigne, depuis, tous les subterfuges tendant à cacher la réalité de la misère lorsque l'on n'est pas en mesure ou que l'on n'a pas la volonté de la changer.

Macron a dit : « d'ici la fin de l'année, je ne veux plus voir personne dans les rues, dans les bois. »

C'est pourquoi furent installés un peu partout dans les villes, là où les sans-abri auraient pu trouver refuge, des dispositifs anti-SDF faits de pics, de barres, voire de douches froides à déclenchement automatique dans le but de faire disparaître les pauvres.

Le gouvernement Potemkine déploie un raisonnement très logique : pour faire disparaître la pauvreté, il suffit de faire disparaître les pauvres. Et pour faire disparaître les pauvres, il suffit de les mettre là où on ne les voit pas.

Les pauvres qui étaient dans les bois, du côté de Calais par exemple, on les fait monter dans des autocars, on les disperse ici et là, on les expulse et hop ! Le tour est joué. "Y en a plus."

Pareil pour les chômeurs. Plus de chômeurs, plus de chômage.

Il faut bien comprendre : ce n'est pas à cause du chômage qu'il y a des chômeurs. Non. C'est l'inverse. Ce sont les chômeurs qui sont la cause du chômage. Et, la preuve, c'est que, si vous rayez les chômeurs des listes de Pôle Emploi, vous aurez l'impression que le chômage diminue.

C'est en ce sens qu'il faut comprendre les mesures envisagées pour contrôler plus drastiquement les chômeurs, les culpabiliser suffisamment pour qu'ils arrêtent de se montrer. L'important n'est pas de ne plus être chômeur mais de n'être plus visible.

Le changement est en marche, en tout cas le changement des apparences.

Car si, par ailleurs, la toute-puissance des multinationales, la souveraineté des institutions financières, le cynisme des paradis fiscaux continuent de régner et de soumettre l'illusion de démocratie à la loi du marché, on peut toujours détourner le regard et parler d'autre chose.

Si, à l'époque de Marx, le capitalisme semblait s'être débarrassé des faux-semblants pour afficher la loi violente du profit, nous sommes revenus à des manières de vivre qui rappellent l'ancien régime: à défaut de se déguiser en grands seigneurs, les nouveaux dominants qui tiennent le pouvoir tentent, avec toute leur hypocrisie, de donner au monde qu'ils polluent les apparences d'un spectacle supportable comme le faisait Potemkine pour sa grande Catherine.

Non seulement rien ne change mais la situation empire tous les jours, les plans sociaux, grimés en "ruptures conventionnelles collectives" par les ordonnances sur le nouveau code du travail, détruisent les emplois par milliers, la politique d'austérité et d'abandon des services publics jette chaque jours des femmes et des hommes à la rue, les migrants sont traités avec le plus grand mépris mais officiellement nous sommes "en marche".

Il faut seulement que ceux qui sont "en marche arrière" soient camouflés dans les "villages Macron-Potemkine" de la république.

 

 

 

 

 

 

 

 

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4 commentaires sur “Macron et la grande Catherine.”

  1. michel74

    « Plus de chômeurs, plus de chômage » : ça, c’est l’évidence même (à condition qu’il y aie du travail).
    « Le changement est en marche, en tout cas le changement des apparences. » : il y a bien un changement des apparences, et pas des moindres !! S’il n’y a plus de formation de médecins, si tout est fait pour décourager la jeunesse de se tourner vers cette branche, les médecines alternatives explosent. La formation de ces médecines est payée par Pôle Emploi et autres organismes. Sauf que ces « médecins » n’ont qu’un diplôme de vendeurs !

    ******

    « «Si ces thérapies alternatives prospèrent, c’est aussi parce que les formations explosent: des sérieuses et des beaucoup moins recommandables ne faisant l’objet d’aucune certification», note le Dr Serge Blisko, président de la Miviludes. Or ces formations sont accessibles aux chômeurs (proposées par Pôle emploi), aux salariés souhaitant se reconvertir, grâce au congé individuel de formation, etc.

    Conséquence: même si certaines pratiques ne sont pas reconnues dans notre pays, ceux qui s’y forment peuvent bénéficier de financements via les organismes paritaires collecteurs agréés (OPCA), autrement dit par les entreprises, les régions, l’État, Pôle emploi, etc. Cette «foire aux formations» aux pratiques non conventionnelles déverse ainsi chaque année sur le marché du soin des milliers de nouveaux praticiens, parfois après quelques dizaines d’heures de cours seulement, alors qu’il faut huit à douze ans pour former un médecin! »
    http://sante.lefigaro.fr/article/les-therapeutes-non-reconnus-de-plus-en-plus-nombreux/

    C’est tout bénef pour la Sécurité Sociale, peut-être pas pour ceux qui croient aux mirages. Sans compter que ça coûte cher au porte-monnaie.

    « La sécu, les vautours et moi », de R. Monvoisin et N. Pinsault
    https://cortecs.org/medecines-sante/livre-parution-de-la-secu-les-vautours-et-moi-de-r-monvoisin-et-n-pinsault/

    Bon an 2018…. mais ça va être dur.

    #142536
  2. Jacques de felice

    ça me rappelle ce qui se passait au Sénégal lors des visites d’Etat.
    Des véhicules passaient dans Dakar pour emmener de force tous les mendiants hors de la ville, une centaine de km.

    Pas dupes, les autorités savaient que certains revenaient aussi vite que les véhicules qui les emportaient.
    Mais pour quelques heures, la mendicité baissait énormément et la ville changeait d’aspect pour se montrer aux dirigeants étrangers.

    La misère se répand comme les plus grandes fortunes grandissent, c’est la démocratie ‘en marche’ !

    Le modèle de nos dirigeants (élus) donner aux pauvres l’occasion de se battre entre-eux pour obtenir du travail afin d’augmenter le capital des ultra-riches.
    Un vrai programme toujours en place depuis plus de 40 ans.

    Jacques de felice.

    #142398
  3. Christian

    Salut
    Bien d’accord avec Marie-lou, il nous faut bien évidemment construire un projet de société utopique digne du 21ième siècle, des prémices laissent augurer que l’on n’est plus très loin d’y arriver, pour cela il faudra nous passer des aigris ronchonchons, des monparti est le meilleur, des jelaveplusblanc, des attendonslegrandsoir, etc…
    Je pense que l’implication d’une certaine jeunesse lors des nuits debouts qui surent faire le ménage en dégageant l’extrême droite complotiste et raciste de leurs débats, encourage à lever les bras. la mobilisation d’une partie de la population qui a soutenu la candidature du « clivant » Mélenchon lors de la présidentielle, laisse entrevoir des possibilités de travailler ensemble.
    Certes! on n’est pas sorti des ronces, mais…

    #142397
  4. Marie Lou

    Excellent parallèle, mais en France il y a eu la révolution ( certes récupérée par la bougeoisie et il faut se rappeler que ce n’est pas Saint Just ou Robespierre qui furent à l’initiative d’une construction politique nouvelle), les révoltes du XIXème siècle, la commune, le CNR et j’en passe et aujourd’hui quel projet politique d’ampleur pour mobiliser ces concitoyens qui semblent tétaniser …
    BONNE FIN D’ANNEE

    #142378

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