L’identité contre l’humain.

lundi 27 novembre 2017
Par jefdelhaye

Là où il y a lutte pour la vie, il n'y a pas d'autre « universel » que la crainte de l'autre et la volonté de se protéger par la défensive ou par l'offensive.

Et le monde est ainsi fait aujourd'hui, la richesse est si mal répartie que personne ne peut être tranquille, ni ceux qui possèdent, sachant que leurs biens sont convoités, ni, évidemment, ceux qui sont dépossédés et qui ne peuvent assister à l'injustice sans broncher.

Pourtant chacun sait que le monde idéal serait celui où il pourrait se considérer comme le concitoyen de tous les humains, celui où il n'y aurait plus de frontières fermées à qui que ce soit et où personne ne serait ni exclu ni dominé.

Nous n'avons pas construit ce monde humain et c'est pourquoi il est si difficile aujourd'hui de penser que tous les hommes sont véritablement égaux, d'admettre qu'ils soient tous libres et de les reconnaître comme des frères  ou même comme des semblables.

Même si nous savons que tous les humains sont mus par leur volonté de vivre, de survivre, de se mettre à l'abri du besoin et du danger, nous comme les autres, nous ne pouvons pas accepter les moyens que certains utilisent pour ce faire : la terreur, la cruauté, le cynisme, une totale insensibilité à la souffrance d'autrui, tous les comportements qui mènent au dégoût et font douter qu'il y ait vraiment de l'humain dans l'homme.

Or, ces comportements tendent à se généraliser dans une situation du monde qui ressemble de plus en plus à une guerre de tous contre tous.

Cette guerre peut prendre différentes formes et ceux qui la mènent ne sont pas toujours conscients de ses enjeux réels et n'identifient pas nécessairement leurs véritables ennemis. Ce fut ainsi, déjà, dans toutes les guerres du passé où l'on croyait se battre pour une civilisation, une foi, une patrie, un idéal alors que les forces en présence étaient manipulées par les intérêts économiques de quelques acteurs qui tiraient les ficelles dans l'ombre.

Et c'est peut-être cela le plus grave : que la guerre des puissants cupides condamne les populations, non seulement à être pauvres, mais à justifier leur combat par la haine des communautés différentes et par le repli dans des identifications imaginaires et purement symboliques qui nient a priori la commune humanité, voire la parenté, de ceux qui sont désignés comme «les autres».

On peut imaginer, par exemple, que les soldats saoudiens qui écrasent actuellement le peuple yéménite croient se battre en tant que musulmans sunnites contre des musulmans chiites et nourrissent leur violence de cette différence religieuse quand les véritables meneurs de la guerre se moquent bien des problèmes religieux et n'utiliser l'idéologie que pour servir leur volonté personnelle de puissance.

Il faut comprendre que toutes les croyances et les opinions idéologiques que nous adoptons pour affirmer notre identité (et qui nous rendent, selon les cas, « tolérants » ou agressifs à l'égard de ceux qui en adoptent des différentes ) sont favorisées par les pouvoirs (économico-politiques) parce qu'elles aveuglent leurs partisans et les rendent plus manipulables.

Le fascisme ne fut jamais rien d'autre que la mobilisation de foule conditionnée par une croyance commune pour écraser des communautés censées avoir des croyances différentes.

Les religions, les partis-pris idéologiques ne sont officiellement respectés et encouragés que dans ce but, justifier des rancœurs entre communautés et empêcher la lucidité qui pourrait éclairer les vrais enjeux et démasquer les vrais coupables.

Les partis politiques, eux-mêmes, sont des machines à diviser par ce que ce sont d'abord pour beaucoup des moyens de s'identifier comme opposants aux autres partis et, pour certains, de soutenir le pouvoir tout simplement parce qu'il empêche ces autres partis de s'exprimer ou simplement d'être entendus.

Au lieu de traiter intelligemment les problèmes graves qui se posent à tous les citoyens et de les résoudre ensemble, nous nous battons pour faire reconnaître notre identité, parce qu'elle est notre identité, si absurde que fut la raison pour laquelle nous l'avons adoptée et pour laquelle nous nous entêtons à la défendre.

Les hommes pourraient certainement s'entendre, organiser un monde commun, vivre comme citoyens de l'universel et faire taire les imbéciles qui veulent les utiliser, s'ils décidaient de sortir de leurs petites identités imaginaires (qu'il ne faut pas confondre avec l'originalité de chacun) dans lesquelles ils se cachent comme des taupes dans leur terrier.

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2 commentaires sur “L’identité contre l’humain.”

  1. jacques de felice

    l’identité, son identité, celle de chacun devient importante quand on n’en a pas, ou plus. (*)
    C’est un besoin social au sens d’avoir un statut dans un (ou plusieurs) groupe. Le besoin de groupe est pure necessité, un reflexe spécique pour favoriser la survie, individuelle et (donc) collective.

    Dès l’école, on (je) l’a vécu, se forme des cercles dans lesquels on peut ou ne peut pas appartenir suivant des codes (vestimentaires, religieux, quartier, langage, …) Il y a injonction de se forger une identité pour ne pas être exclu et souvent pire, martyrisé, forme de bouc émissaire cohésif..

    L’identité s’impose aussi quand notre situation devient instable, précaire. Il faut bien se definir par qqchose puisque le travail, la fonction sociale est volatile, donc de peu.
    Le néolibéralisme destabilise tout, y compris les individus; il s’ensuit donc un besoin de se retrouver, une forme de mesure de soi, une identité exposable aux autres, independante de son seul statut social devenu si précaire.

    Le besoin d’identité est proportionnel à la contrainte (les violences) sociale(s), inversement proportionnel à la paix sociale.

    Le degré de besoin d’identité est bien déterminé par le ‘système’ social.

    (*) du temps des privilèges monarchiques, la naissance conférait l’identité, le noble, le forgeron, le gueux, .. on naissait et on restait ce que la naissance nous donnait (aînesse incluse) dans la grande loterie. Après la nuit du 4 aout, c’est le niveau de richesse (car malgré la volonté de Robespierre, la propriété est devenue sacrée …) qui est le plus grand determinant, avec l’incroyable stabilité de la mobilité du statut social malgré le principe d’instruction obligatoire commune (?) à tous.

    #141911
  2. Ce que tu analyses si bien, je l’ai senti émergé dans les échanges que j’ai eus avec ces jeunes des lycées Gabriel Fauré et Baudelaire qui réalisent le « Kodidien des Rencontres », pour les 11èmes rencontres du cinéma Slovaque et de l’Europe Centrale…
    Alors, quand l’école commencera t-elle à ouvrir les yeux sur les réalités sociales et politiques, sans donner de leçons dogmatiques et indiquer le seul chemin à suivre?
    C.C

    #141905

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