L’âme de Dingy au cœur d’un conflit entre mairie et habitants.

mardi 11 juillet 2017
Par gfumex

La vie à Dingy, petite commune de la communauté de Thônes, est loin d'être pantouflarde.

Un projet de transformation radicale du centre du village lancé par la mairie a provoqué un vent de révolte au sein de la population.

Le presbytère datant d'avant la période Sarde

Suite à une réunion d'information initiée le 1er juin par Laurence Audette, maire de Dingy, une quinzaine d'habitants, "vent debout" contre ce projet municipal, créent un collectif de citoyens : "En réaction à la réunion du 1er juin où les habitants n'ont pas eu le temps de s'exprimer, les Dingiens, réunis au sein d'un collectif, ont organisé une réunion publique le 27 juin où les 97 personnes présentes ont décidé de lancer une pétition".

 

La communication comme arme de combat .

En convoquant la presse le 5 juillet, le groupe a voulu lancer un message fort : "Ce projet porte atteinte à l'âme de notre village. Nous ne laisserons pas la mairie dénaturer son centre historique : destruction du presbytère, de l'ancienne école, réaménagement de la place centrale au profit le la circulation automobile. Les nouveaux habitants, principalement des jeunes couples, sont sensibles au caractère rural de notre village et n'ont pas envie de se retrouver dans un quartier ressemblant à ceux d'Annecy-le-Vieux ou d'Argonay" .

 

L'ancienne école construite vers 1750

 

Le presbytère et l'ancienne école au cœur de la polémique.

Pour le collectif, les bâtiments du presbytère, datant d'avant la période Sarde, et l'ancienne école construite vers 1750, témoins de l'identité de Dingy, doivent être conservés et rénovés : "L'ancien presbytère est en harmonie avec les autres bâtisses du chef-lieu et contribue au caractère d'ensemble du centre du village. Quant à l'ancienne école, bien en vue sur la place du village, elle forme avec l'actuelle mairie un ensemble architectural cohérent", déclarent les représentants du collectif

 

 

 Démocratie citoyenne contre Démocratie des élus.

Ce qui justifie les inquiétudes du collectif, c'est de lire dans le dernier bulletin municipal que le conseil "s'oriente vers la démolition de l'ancienne cure" alors que dans le bulletin de printemps/été 2015 la mairie s'était engagée à maintenir ces bâtiments riches d'histoire".

Le projet de réaménagement du centre du village avec au centre une place, le déplacement du parking sur la droite avec une circulation automobile périphérique qui supprime l'ancien école, et passe le long de l'église.

Contactée au téléphone, Laurence Audette se veut rassurante : "Il n'est pas prévu d'action à court terme, la réflexion pour la place du village étant à l'horizon 2019-2020".

Concernant l'utilisation du bâtiment de l'ancienne cure, la réalisation d'une maison du Patrimoine s'est avérée "non adéquate sur le territoire", et la création de logements sociaux imposait une "restauration trop coûteuse pour être prise en compte par les bailleurs".

 

Souhaits de la population et réalisme budgétaire des élus.

Par contre, la maire n'écarte pas d'autres projets souhaités par la population comme la transformation du presbytère en maison de santé ou en résidence pour personnes âgées autonomes.

Un avis qui semble en contradiction avec la position du conseil municipal favorable à la démolition de l'ancienne cure dont le coût de rénovation s'élèverait à 1 400 000 €, hors désamiantage du toit. Selon Laurence Audette : "une dépense qui serait impossible à assumer par la commune".

Cette contradiction devrait être levée par un dialogue constructif entre le collectif et le conseil municipal.

Par contre, Laurence Audette confirma que les projets de travaux adoptés par le conseil municipal de juin seront réalisés : "Les priorités actuelles 2017-2019 sont la voirie et la maison des services (périscolaire/bibliothèque/salle de motricité-gym)".

Ce point risque d'être une pierre d'achoppement car le plan de circulation va imposer de fait le réaménagement du centre du village.

 

Contestation écologique revendiquée par le collectif

Si ce collectif tient à garder l'âme du village, il souhaite lui donner une excellence écologique : "Pour sortir de la logique des déplacements en voiture et des stationnements associés, une réflexion pourrait être entamée pour proposer des déplacements alternatifs doux, avec allées piétonnes et voies cyclables dédiées sécurisées, transport collectif, covoiturage pour les scolaires".

 

Les voies du dialogue sont pénétrables, mais… !

Il y a au moins un point d'accord important entre le collectif et Laurence Audette. Chacun affirme haut et fort qu'il est disposé à travailler ensemble pour trouver des solutions dans l'intérêt des "Dingiens". La maire déclarant même à librinfo qu'elle "se réjouit que la population s'intéresse autant de près à la vie de la commune".

De son côté, le collectif demande que "la concertation soit réelle et sincère. (…) Il nous semble essentiel que soit planifiée une concertation approfondie entre le conseil municipal et la population avec un calendrier raisonnable pour plusieurs réunions (…) des temps d'échanges plus longs avec les personnes assistant aux réunions publiques et des temps de consultation par écrits de la population plus structurés et réellement pris en compte."

 

Laurence Audette souffle le chaud et le froid…

Tout en annonçant son désir de travailler avec le collectif, la maire exprime certaines réserves : "Nous sommes favorables à l'expression citoyenne et nous entendons les inquiétudes. Nous avons généré ces réunions de concertation justement pour pouvoir bien appréhender l'ensemble des éléments et ajuster aux mieux les orientations.
Nous sommes en revanche déçu par la forme (la présence de la mairie n'a pas été souhaitée en amont alors que le collectif n'a pas connaissance d'une grande part des contraintes règlementaires , or celles ci sont importantes ). Des informations erronées ont été communiquées aux participants qui a généré des peurs d'après les retours de certains villageois".

 

Un fond "politicien" en arrière plan

Cette réserve peut surprendre.
Connaissant l'engagement politique de Laurence Audette à droite, chaque contestation ans le village, fusse-t-elle dénuée de toute arrière-pensée politique, peut-être suspectée d'ambitions électorales locale.
Une éventualité que les représentants du collectif ont voulu désamorcer en refusant toute personnalisation publique refusant toutes photos et interview.

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Un commentaire sur “L’âme de Dingy au cœur d’un conflit entre mairie et habitants.”

  1. Christian Ferrier

    Bonjour
    il est toujours bon de lire et relire ce courrier d’Elysée Reclus à son ami Jean Grave.
    Le détournement et la captation de la démocratie par les élues-us est devenu une constante travestie par des discours politiciens où la novlangue domine.
    132 ans après Reclus , rien de changé!
    68 ans après Orwell et son « 1984 », de pire en pire!
    ———————
    Clarens, Vaud, 26 septembre 1885.

    Compagnons,

    Vous demandez à un homme de bonne volonté, qui n’est ni votant ni candidat, de vous exposer quelles sont ses idées sur l’exercice du droit de suffrage.

    Le délai que vous m’accordez est bien court, mais ayant, au sujet du vote électoral, des convictions bien nettes, ce que j’ai à vous dire peut se formuler en quelques mots.

    Voter, c’est abdiquer ; nommer un ou plusieurs maîtres pour une période courte ou longue, c’est renoncer à sa propre souveraineté. Qu’il devienne monarque absolu, prince constitutionnel ou simplement mandataire muni d’une petite part de royauté, le candidat que vous portez au trône ou au fauteuil sera votre supérieur. Vous nommez des hommes qui sont au-dessus des lois, puisqu’ils se chargent de les rédiger et que leur mission est de vous faire obéir.

    Voter, c’est être dupe ; c’est croire que des hommes comme vous acquerront soudain, au tintement d’une sonnette, la vertu de tout savoir et de tout comprendre. Vos mandataires ayant à légiférer sur toutes choses, des allumettes aux vaisseaux de guerre, de l’échenillage des arbres à l’extermination des peuplades rouges ou noires, il vous semble que leur intelligence grandisse en raison même de l’immensité de la tâche. L’histoire vous enseigne que le contraire a lieu. Le pouvoir a toujours affolé, le parlotage a toujours abêti. Dans les assemblées souveraines, la médiocrité prévaut fatalement.

    Voter c’est évoquer la trahison. Sans doute, les votants croient à l’honnêteté de ceux auxquels ils accordent leurs suffrages — et peut-être ont-il raison le premier jour, quand les candidats sont encore dans la ferveur du premier amour. Mais chaque jour a son lendemain. Dès que le milieu change, l’homme change avec lui. Aujourd’hui, le candidat s’incline devant vous, et peut-être trop bas ; demain, il se redressera et peut-être trop haut. Il mendiait les votes, il vous donnera des ordres. L’ouvrier, devenu contre-maître, peut-il rester ce qu’il était avant d’avoir obtenu la faveur du patron ? Le fougueux démocrate n’apprend-il pas à courber l’échine quand le banquier daigne l’inviter à son bureau, quand les valets des rois lui font l’honneur de l’entretenir dans les antichambres ? L’atmosphère de ces corps législatifs est malsain à respirer, vous envoyez vos mandataires dans un milieu de corruption ; ne vous étonnez pas s’ils en sortent corrompus.

    N’abdiquez donc pas, ne remettez donc pas vos destinées à des hommes forcément incapables et à des traîtres futurs. Ne votez pas ! Au lieu de confier vos intérêts à d’autres, défendez-les vous-mêmes ; au lieu de prendre des avocats pour proposer un mode d’action futur, agissez ! Les occasions ne manquent pas aux hommes de bon vouloir. Rejeter sur les autres la responsabilité de sa conduite, c’est manquer de vaillance.

    Je vous salue de tout cœur, compagnons .

    Élisée Reclus.
    Clarens, Vaud, 26 septembre 1885.

    Compagnons,

    Vous demandez à un homme de bonne volonté, qui n’est ni votant ni candidat, de vous exposer quelles sont ses idées sur l’exercice du droit de suffrage.

    Le délai que vous m’accordez est bien court, mais ayant, au sujet du vote électoral, des convictions bien nettes, ce que j’ai à vous dire peut se formuler en quelques mots.

    Voter, c’est abdiquer ; nommer un ou plusieurs maîtres pour une période courte ou longue, c’est renoncer à sa propre souveraineté. Qu’il devienne monarque absolu, prince constitutionnel ou simplement mandataire muni d’une petite part de royauté, le candidat que vous portez au trône ou au fauteuil sera votre supérieur. Vous nommez des hommes qui sont au-dessus des lois, puisqu’ils se chargent de les rédiger et que leur mission est de vous faire obéir.

    Voter, c’est être dupe ; c’est croire que des hommes comme vous acquerront soudain, au tintement d’une sonnette, la vertu de tout savoir et de tout comprendre. Vos mandataires ayant à légiférer sur toutes choses, des allumettes aux vaisseaux de guerre, de l’échenillage des arbres à l’extermination des peuplades rouges ou noires, il vous semble que leur intelligence grandisse en raison même de l’immensité de la tâche. L’histoire vous enseigne que le contraire a lieu. Le pouvoir a toujours affolé, le parlotage a toujours abêti. Dans les assemblées souveraines, la médiocrité prévaut fatalement.

    Voter c’est évoquer la trahison. Sans doute, les votants croient à l’honnêteté de ceux auxquels ils accordent leurs suffrages — et peut-être ont-il raison le premier jour, quand les candidats sont encore dans la ferveur du premier amour. Mais chaque jour a son lendemain. Dès que le milieu change, l’homme change avec lui. Aujourd’hui, le candidat s’incline devant vous, et peut-être trop bas ; demain, il se redressera et peut-être trop haut. Il mendiait les votes, il vous donnera des ordres. L’ouvrier, devenu contre-maître, peut-il rester ce qu’il était avant d’avoir obtenu la faveur du patron ? Le fougueux démocrate n’apprend-il pas à courber l’échine quand le banquier daigne l’inviter à son bureau, quand les valets des rois lui font l’honneur de l’entretenir dans les antichambres ? L’atmosphère de ces corps législatifs est malsain à respirer, vous envoyez vos mandataires dans un milieu de corruption ; ne vous étonnez pas s’ils en sortent corrompus.

    N’abdiquez donc pas, ne remettez donc pas vos destinées à des hommes forcément incapables et à des traîtres futurs. Ne votez pas ! Au lieu de confier vos intérêts à d’autres, défendez-les vous-mêmes ; au lieu de prendre des avocats pour proposer un mode d’action futur, agissez ! Les occasions ne manquent pas aux hommes de bon vouloir. Rejeter sur les autres la responsabilité de sa conduite, c’est manquer de vaillance.

    Je vous salue de tout cœur, compagnons .

    Élisée Reclus.

    http://www.homme-moderne.org/textes/classics/ereclus/jgrave.html

    #139277

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