En réponse à un courrier dénonçant un dysfonctionnement à l’hôpital, le directeur reconnaît un manque de communication dans le service et un personnel en nombre insuffisant

samedi 13 mai 2017
Par j.c

Le 8 mars 2017, une mère de famille adresse une lettre au directeur de l'hôpital d'Annecy car "je pense être de ma responsabilité de vous signaler des faits d’une extrême gravité que j’ai vécus dans votre établissement, qui m’ont bouleversée, et qui auraient pu coûter la vie à ma fille."

Dans cette lettre, cette maman explique que sa fille "est arrivée aux urgences en ambulance alors qu’elle souffrait d’une hémorragie nasale non maîtrisée avec le protocole du SAMU". (…) Des mèches ont été placées dans chacune de ses narines, mèches qu’elles devaient garder 48h.-Elle a été placée sur un lit d’appoint et laissée là dans un couloir avec un passage incessant de gens souffrants ou valides pendant quatre heures. de 14h30 à 18h30 – Une personne apparaissait de temps en temps pour lui demander comment elle allait….Le sang continuait de couler – non par le nez mais au niveau de la gorge des caillots se formaient dans sa gorge l’empêchant de respirer- Elle était obligée d’aller chercher ces caillots avec mon aide, pour les ramener au niveau de sa bouche afin de les expectorer -   Je l’assistais pour la redresser afin de lui permettre d’expectorer sang et caillots plus facilement-Je ne sais pas si vous pouvez imaginer « le spectacle »J’ai 80 ans et ma fille 54, je ne pensais pas, à mon âge me trouver dans une situation aussi lamentable"

J’ajoute qu’il n’y avait plus de » haricot » et qu’il lui a été remis un sac en plastique pour lui servir de crachoir. A 18h30 la personne qui s’occupait de tous les arrivants est venue lui demander : préférez-vous rentrer chez vous ou rester à l’hôpital ? Incongruité du propos…. Aussi, elle a été conduite dans le service de néphrologie dans la chambre 526 – Là aussi heureusement que je me trouvais à ses côtés pour l’aider à cracher sang et caillots dans le haricot, un vrai, cette fois-ci -pour lui permettre de se gargariser, pour lui assurer un meilleur confort dans un lit dont le système mécanique ne fonctionnait pas vraiment."

Elle fut accueillie par une infirmière. C… ayant un besoin urgent après avoir actionné la sonnette (elle était incapable de se rendre dans les toilettes et moi incapable de l’y conduire) aucune infirmière ne se présentant j’ai finalement trouvé une aide dans le couloir qui lui a apporté une « chaise  à pot » J’étais là pour le nécessaire, C… a failli tomber de la chaise (elle se trouvait comme dans un état second ...je ne l’avais jamais vue ainsi». Avec mon aide elle est retombée sur le lit...évidemment j’ai procédé au nettoyage ! La mécanique du lit ne fonctionnait pas.

J'ai  constaté des dysfonctionnements graves dans le service : des infirmières qui ne se présentent pas quand elles sont appelées (3 visites en 4h pour un cas très difficile). Les draps ont été changés 3 fois parce que souillés de sang -il y avait donc bien de l’urgence et de la gravité – J’ai demandé à ce que le docteur soit appelé : sa réponse : mettre des glaçons sur le nez pour arrêter l’hémorragie...(pas de changement) -Un autre traitement sera mis en place ... Deux heures après, le nouveau traitement n’avait pas été appliqué. J’ai compris que c’était dans l’immédiat, j’avais mal compris...

L’infirmière m’a demandé 3 fois de partir, le temps des visites étant révolu – j’ai refusé : Infirmière débordée , une seule pour tout le service comprenant des malades difficiles – c’est ce qui m’a été dit d’où mon refus de quitter les lieux à l’heure prévue– j’étais là pour les seconder à ma mesure et surtout pour aider ma fille à se sentir un peu plus en sécurité lui ai-je répondu. J’ai même parlé de décharge si j’y étais contrainte. Je suis partie à 23h.

Ma fille est une « habituée » du service de néphrologie depuis plus d’une trentaine d’années (je ne sais plus puisque c’est en 1981 qu’elle a commencé à avoir ses graves problèmes rénaux – J’ai toujours fait des louanges du service de néphrologie mais là je suis vraiment atterrée. Excusez-moi pour ces considérations que je me passerai bien d’écrire. Je m’adresse à vous qui êtes mon premier interlocuteur et en capacité d’intervenir favorablement.

Je vous remercie."

 

Réponse de Nicolas Best, directeur de l'hôpital.

Dans ce courrier, daté du 10 avril, le directeur explique que le chef de service des urgences avait reçu cette patiente le 26 février dernier pour "un épistaxis".(*)

"L'interne aux Urgences a pu l'ausculter puis mettre en place un méchage des deux narines. Un bilan a été réalisé, et la conséquence de celui-ci a été Ia mise en place d'une surveillance rapprochée pendant les quatre heures où vous avez pu rester dans le service, bénéficiant également d'un traitement par vitamine K. Le service des Urgences a considéré comme préférable de garder votre fille d'ici son rendez-vous en consultation ORL 48h plus tard, et c'est la raison pour laquelle votre fille a donc été adressée en filière néphrologie."

Le directeur reconnaît un manque de communication mais surtout un manque de personnel suffisant.

Selon de Directeur :"Différents points sont ressortis de cet entretien, en particulier un manque de communication notamment sur la sévérité de cette épistaxis entre les infirmières du service de néphrologie et le médecin d'astreinte. ll est enfin noté une surcharge de travail ce dimanche pour l'effectif soignant, avec en particulier ce jour-là, en plus du travail habituel, un patient en fin de vie à gérer et d'autres urgences de nature à saturer le service."

 

(*) Dans la cas d'une épistaxis grave, celle-ci est volontiers bilatérale, avec extériorisation antérieure et postérieure (dans la gorge, avec déglutition de caillots sanglants), altération de l'état général (pâleur, tachycardie, sueurs, asthénie, hypotension), ne cédant pas avec les mesures de compression. Elle nécessite l'hospitalisation pour prise en charge et bilan.

 

Tags:

Petit rappel: Librinfo74 à besoin de votre soutien pour exister.
Rdv sur la page abonnements pour vous abonner et avoir accès au contenu payant (conférences filmées/archives du JOURNAL papier) ou faire une donation. Merci.

Laisser un commentaire

Rechercher

Pourquoi pas?

Archives

highslide for wordpress