«Lettre à Benoît et Jean-Luc» adressée par Philippe Rio, maire PCF de Grigny.

samedi 4 mars 2017
Par j.c

Philippe Rio est maire PCF de Grigny (Essonne), ville de 30 000 habitants au sud de Paris dont 90% du territoire est classé en politique de la ville. Cette commune la plus pauvre de l’Essonne et parmi les plus pauvres de France a fait l’objet, en juillet, d’un rapport interministériel qui a mis en lumière les difficultés quotidiennes que rencontrent ses habitants dans l’accès aux soins, à l’éducation, à la justice et à la sécurité.

Cher Benoît, cher Jean-Luc,

Je suis maire d’une ville où plus d’un enfant sur deux vit sous le seuil de pauvreté. Dans cette ville, la santé est devenue un luxe. Dans cette ville, le plafond de verre contraint une partie de la jeunesse à renoncer à ses rêves. Dans cette ville, des gens ne mangent pas toujours à leur faim…

Cette ville, ma ville, est une ville populaire. Il y manque des médecins, des enseignants, des policiers, des assistants sociaux. Cette ville, c’est Grigny. Mais cela pourrait être n’importe quelle autre ville populaire. Nous sommes victimes de la ségrégation sociale et territoriale, de la discrimination à l’adresse, de ce système qui fabrique de l’exclusion, de la résignation et de la violence.

Les Grignois, comme l’ensemble de nos concitoyens modestes, ne peuvent plus attendre pour l’égalité. Ils ont besoin d’une hausse immédiate des salaires. Il faut redonner des moyens à l’école de la République et renouer avec la police de proximité. Nos concitoyens veulent des logements dignes, des transports de qualité, une énergie propre et moins chère, un environnement respirable. Ils doivent pouvoir se soigner et continuer à être fiers d’un système de sécurité sociale qui émancipe de la loi du plus fort.

Cher Benoît, cher Jean-Luc, à Grigny comme ailleurs, vos carrières, vos querelles, on n’en a rien à faire. L’urgence dans ce pays est sociale. Elle est celle de l’égalité réelle, des droits sociaux, du climat. Ensemble faisons le constat que ce quinquennat est un rendez-vous – encore – manqué pour les classes populaires. Construisons des propositions d’urgence pour les habitants de nos quartiers. Nous voulons la mise en œuvre de droits réels. Nous n’accepterons plus le saupoudrage de la politique de la ville, des politiques dites prioritaires, toutes ces expressions de solidarité, voire de charité.

Je vous invite à Grigny pour que vous vous rendiez compte de l’état de nos vies, de ces peurs face au quotidien, de ces résistances autant que des espoirs immenses. Je vous invite à venir dire aux Grignois, les yeux dans les yeux, qu’ils peuvent attendre cinq ans supplémentaires pour une vraie politique de gauche, que la victoire de la droite populiste, ou de l’extrême droite fasciste, ce n’est pas grave. Que la cure libérale de Macron, ça ne leur fera pas de mal.

Messieurs, la vraie raison de l’engagement à gauche est ici. Elle est dans ces vies qui se brisent face à la précarité, à l’exclusion et à la misère. Au lieu de cela, vous hésitez, vous posez des principes, vous discutez. Et, dans l’entre soi d’une salle de restaurant, vous décrétez que le rassemblement est impossible. L’excuse ? L’Europe. Trop facile !

Tout cela, ce n’est que de la petite politique. Où est le sens du commun ? Où est l’intérêt général dans cette guéguerre ? L’Europe que nous refusons, nous la combattions ensemble dès 2005. Nous pourrions rouvrir le même front en 2017. Mais par votre obstination à chercher le plus petit diviseur commun, vous vous apprêtez à faire perdurer trente années d’inégalités.

Vos divisions tuent l’espoir d’une politique ambitieuse qui pourrait mettre fin à l’insupportable. L’union est un combat quotidien. Dans nos quartiers, nous le mettons en œuvre tous les jours pour survivre. Alors pourquoi pas vous ?

Pire, vous vous apprêtez à dégoûter encore un peu plus de la politique ceux qui ne peuvent plus attendre. Messieurs devant l’Histoire, soyez dignes ! Pour le petit peuple que nous sommes, prenez vos responsabilités, rassemblez-vous !

 

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5 commentaires sur “«Lettre à Benoît et Jean-Luc» adressée par Philippe Rio, maire PCF de Grigny.”

  1. DEHGANE

    Visiblement, on ne lit pas le même texte et en tout cas pas de la même manière.

    Alors que je lis la misère qui gangrène notre société, la pauvreté qui s’accroît, les inégalités qui se creusent, l’injustice qui s’amplifie et le désarroi qui ronge les âmes et les cœurs.

    D’autres lisent calculs politiques et manœuvres partisanes.

    Désolé de vous le dire si crûment mais les insoumis me semblent un peu trop soumis à leur gourou.

    Je ne suis pas pro-européen et je ne manque jamais une occasion de rappeler le Referendum de 2005, mais critiquer l’Europe à tout bout de plateau télé tout en vivant grassement de ses indemnités de parlementaire m’a toujours paru suspect.

    Prétendre mettre au pas la finance en « renégociant le dette » sans même envisager la possibilité de ne pas la rembourser en l’annulant unilatéralement est vraiment petit joueur.

    Revendiquer le SMIC à 1.500 €uros à grand renfort d’affiches pour finalement se contenter d’un petit 1.370 balles tout en nous expliquant que c’est une question de dignité (comme si la dignité valait cette petite augmentation mensuelle) est à la limite du renoncement.

    Je sais être dans un nid d’insoumis et que, comme votre chef, vous n’aimez pas la critique, mais franchement, vous n’êtes pas à la hauteur des enjeux décrits dans cette lettre.

    Je sais aussi que mon commentaire ne sert à rien et que beaucoup d’insoumis sont en fait de bons petits fonctionnaires bien installés qui veulent que les choses changent mais pas trop et pas trop vite, malgré tout ce que vous dites.

    Melenchon n’aura jamais le pouvoir, c’est un bon tribun et ça s’arrête là. Il a fait perdre la gauche une fois en appelant à voter Hollande, il s’apprête à la faire perdre une seconde fois…

    #136844
  2. Marie Lou

    Depuis 2005 la démocratie a été enterrée alors on discute de tel candidat plutôt que tel autre. B. Hamon a besoin d’un ralliement non pour faire une politique réellement de gauche mais pour être élu. Et continuer d’appliquer les politiques d’austérité de l’UE. regardez la situation des grecs !

    le PS dont B. Hamon a laminé toutes les valeurs d’égalité, a cédé au MEDEF tous nos acquis sociaux et quand on est en désaccord sur la loi El Komri, on quitte le PS, autrement on se moque de nous !

    #136824
  3. JEAN DUCHENE

    un article politicien au service du PS.

    #136822
  4. Vez Gérard

    Incroyable cette lettre !!
    Si Hamon défendait vraiment les valeurs qu’il propose, il quitterait le ps et s’engagerait derrière Mélenchon et La France Insoumise. Hamon a les mains trop liées au parti socialiste qui mène depuis des année une politique libérale, réduisant les protections sociales et continuant à infliger une ligne d’austérité. Bien sur il faut avoir les moyens de vivre dans le réel mais moi je veux aussi pouvoir rêver et oser. Appelons Hamon au courage de s’effacer et osons donner sa chance à une nouvelle politique qui met l’humain au cœur de son projet. Osons une nouvelle république !!

    #136819
    • Joelle Kargul

      Tout à fait d’accord, il faut de la clarté dans le débat politique, Hamon serait inspiré de suivre l’exemple d’Oskar Lafontaine: à la suite de l’échec social et humain des réformes Hartz menées par Shroder, les « frondeurs » du SPD ont quitté le parti pour former Die Linke.

      #136918

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