Philosophie. Le travail et le cosmos.

vendredi 17 février 2017
Par jefdelhaye

Jeudi 16 Février s'est tenue à Meythet, salle du Météore, une réunion organisée par les "Mutuelles de France" et "librinfo74" sur le thème : "La souffrance au non-travail".  Un compte-rendu sera fait des échanges très riches qui ont eu lieu à cette occasion. Je voudrais ici simplement faire part d'une réflexion inspirée par cette rencontre.

 

Le travail n'est pas seulement le processus humain par lequel le principe de réalité est mis en place pour réaliser une oeuvre et pour se réaliser soi-même, pas seulement, non plus, l'activité de développement de l'intelligence (Cf. article dans librinfo74: "Supprimer le travail, serait supprimer l'homme"), il est aussi ce par quoi le monde est ordonné, ce par quoi l'ordre est conservé.

En grec ancien, le mot "cosmos" désigne, d'une part, l'ordre et l'harmonie (Cosm-étique: l'ordre dans les cheveux, par exemple) et, d'autre part, l'ensemble de tout ce qui existe, le monde cohérent ou l'univers ("Cosmos", par opposition au "Chaos").

Chaque civilisation possède, dès l'origine, sa représentation de l'ordre du monde, sa cosmologie, qu'elle soit religieuse ou scientifique, à laquelle sont liés de multiples rituels qui font partie de cet ordre et, surtout, participent au maintien de l'ordre universel.

L'empereur du Japon, par exemple, est censé avoir pour tâche unique mais essentielle et sacrée, de veiller à ce qu'aucune dysharmonie ne survienne dans l'ordre des astres, des saisons et des jours et, comme tout fait partie du monde, il doit veiller, en même temps, à l'ordre de la société, au respect des hiérarchies et à l'ordonnance correcte des rites dans tous les domaines de la vie humaine, mariages, naissances, funérailles mais aussi repas, cuisine, etc...

Nous avons tous, consciemment ou non, le souci de l'ordre du monde, tous, nous craignons par dessus tout le dés-astre (le dérèglement des astres) et, si nous observons les humains dans leurs activités, nous voyons qu'ils s'affairent en permanence à maintenir l'ordre de leur corps (en se nourrissant, en faisant leur toilette ou leur gymnastique), l’ordre de leurs relations avec les autres (quelle que soit la complexité de ces relations dans laquelle notre place doit être sans cesse entretenue) et l’ordre de leur milieu (depuis le rangement de la maison jusqu'à l'entretien des campagnes, des villes, des paysages...)

C'est la grande occupation des hommes de maintenir l'ordre établi, de le rétablir ou d'en construire un autre plus harmonieux. Nous sommes tous, peu ou prou, les jardiniers de la nature, les policiers de la société, les architectes de la ville et les politiciens du pays. Nous aimons que "chaque chose soit à sa place", que "chacun trouve sa place" et nous voulons, bien entendu, avoir, chacun, "notre place au soleil".

C'est à cela que nous travaillons, même si nous n'avons pas d'emploi. La mère au foyer ou le retraité, par exemple, s'efforcent autant qu'ils le peuvent à réparer les dégâts du temps (ce qu'en science on appelle l'entropie), fatigues, usures, dispersions, pertes ... afin que la vie puisse continuer dans un milieu perpétuellement restauré malgré le mouvement qui, sans cesse, brouille les lignes.

Le problème est que le travail ne peut, lui-même, se faire sans ordre et implique une hiérarchie (sens littéral: "pouvoir sacré") qui soumet les uns aux "ordres" des autres de telle façon que l'inégalité, dans l'emploi, est la règle (l'inégalité dans l'ordre est supportable, elle s'appelle alors l'équité. L'inéquité, par contre, ou l'injustice, sont vécues comme des "désordres"et provoquent l'angoisse et la colère). C'est que le travail ne contribue pas seulement à maintenir l'ordre du pays (politique) et du monde (par le commerce international) mais aussi à faire en sorte que chaque travailleur soit maintenu à sa place d'humain et de citoyen par une juste rétribution de son labeur.

Or si l'ordre économique qui organise le travail, sa répartition entre tous les citoyens ainsi que la distribution équitable de ses revenus est devenu incohérent et facteur de révolte, le travailleur ou, pire, le chômeur, produit par ce système, vit dans un monde chaotique dans lequel il souffre.

Dès qu'une personne est privée de travail, le "désastre" survient, pour elle le monde ne "tourne plus rond", elle se sent exclue de l'ordre qui maintient l'humain, non seulement en vie mais en communion avec les autres dans des relations de collaboration collective à l'ordre du monde.

L'individu sans travail ou dont le travail est devenu absurde ou humiliant perd sa fonction cosmologique et cela lui donne l'impression qu'il n'a plus sa place dans l'humanité, laquelle n'existe que de sa conservation par une activité volontaire et co-ordonnée.

On pourra toujours lui donner un salaire ou lui attribuer une aide pour se garder en vie, cela ne lui rendra pas sa dignité de veilleur au bon ordre des choses et d'artisan de l'harmonie cosmique.

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Un commentaire sur “Philosophie. Le travail et le cosmos.”

  1. MARIE LOU

    Article de réflexion intéressant
    il reste à se demander quel contenu donner au travail et il faut faire sauter la notion de subordination dans le contrat de travail.
    Quand les salariés « se mettent à leur compte », se regroupent en SCOP c’est sur le fond ne plus avoir ce statut lié à la subordination. Cela induit un immense gâchis car il est impossible de se révéler dans la soumission ( et avec un tel chômage !).
    Le travail et la protection sociale se sont invités dans la campagne électorale, mais là aussi ne laissons pas aux seuls candidats reconnus médiatiquement le monopole du débat.

    #136491

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